Victorine ROZIER

(1834-?)
Photographe d'atelier
3 photographies

Bagnols-sur-Cèze Gard Bollène Vaucluse Grenoble - Vienne Isère Saint-Jean-en-Royans - Crest Drôme

La notice ci-dessous doit tout ou presque à Jean-Luc Tissot, président du club Niepce Lumière, auteur de l’article. « Les Rozier, une famille de photographes », publié en juin 2021 dans le n°223 de la revue Res Photographica.


Victoire Champavier est née le 11 septembre 1834 à Saint-Jean-en-Royans (Drôme) où son père travaillait dans un four à chaux.  Couturière, âgée de 19 ans, elle épouse le 5 avril 1854 Jacques Joseph Rozier, tailleur d’habits. Sur son acte de mariage, la jeune épouse signe Victorine, le prénom usuel de sa mère qui sera aussi le sien. Le couple aura deux enfants : Joseph Antoine Victor -dit Jules-, né le 17 avril 1855 et Juliette née le 18 mars 1856. En 1866, les Rozier et leurs enfants vivent chez le père de Victorine qui est ouvrière en soie.  Neuf mois plus tard, le 11 mars 1867, le tribunal civil de Valence prononce, à la demande de Victorine, la séparation de biens d’avec son époux.  Ils ne vivront plus ensemble. Bien plus tard, Joseph Rozier sera interné à l’asile du Perron ouvert à l’automne 1883 à Saint-Sauveur (Isère). Cet établissement accueillait des indigents et des mendiants mais pas les aliénés. Joseph Rozier y décèdera en février 1895, probablement victime de l’épidémie de grippe qui avait dévasté l’asile.

SAINT-JEAN-EN-ROYANS : En juin 1872, Victorine Champavier, femme Rozier ne vit plus chez son père. Elle est domiciliée Grande rue, côté du Levant. L’agent recenseur ne mentionne pas sa profession mais uniquement celle de son fils. Agé de 17 ans, Jules est photographe à Saint-Jean-en-Royans. Dans cette ville de 2 760 habitants, la clientèle qui avait les moyens de se rendre chez un photographe était limitée. On imagine que le jeune homme (et sa mère ?) se déplaçait dans les campagnes environnantes. Reste à savoir auprès de qui Jules et Victorine se formèrent à ce métier et acquirent le minimum de matériel nécessaire.

GRENOBLE : Mère et fils ne travailleront pas longtemps à Saint-Jean-en-Royans. Au second semestre 1872 (?), ils quittent leur ville natale et s’installent à Grenoble. Là, ils opèrent dans un modeste atelier situé 9, rue Montorge. Dans l’article mentionné ci-dessus, Jean-Luc Tissot reproduit le portrait d’une fillette qui pose avec sa poupée. Il est signé « Mme Rozier & Fils ». Très vite, les Rozier quittent Grenoble.  Difficile de se faire une place au soleil dans une ville où une dizaine de photographes sont en activité dont l’un, Lapouge, a son atelier en face de celui des Rozier.

CREST : Les Rozier repartent dans la Drôme. Crest, ville de 5 600 habitants située à 63 kilomètres au sud de Saint-Jean-de-Royans, a l’avantage d’être dépourvue d’atelier de photographie. Victorine et son fils travaillent ensemble avenue de la Gare mais très vite Jules qui avait signé un engagement volontaire de cinq ans, part en Algérie rejoindre  le 3e régiment de zouaves où il servira à partir du 22 décembre 1873.  Juliette Rozier qui jusque là vivait chez son grand-père maternel, retrouve sa mère à Crest. En 1876, mère et fille, toutes les deux  photographes, sont recensées 5, rue du Bourg. Elles travailleront là jusqu’à leur départ pour Vienne (Isère)

VIENNE : Jean-Luc Tissot a relevé dans « Le Journal de Vienne » daté du 25 mars 1877 que mademoiselle Rozier avait gagné une poupée à une loterie. S’agissait-il de Juliette ? Pa sûr. Cependant, il est certain que Victorine et sa fille ont opéré dans un atelier  situé 11, cours Romestang. Sous-préfecture de l’Isère, Vienne comptait alors 26 000 habitants. Selon son registre matricule, Jules Rozier, aurait rejoint ses parentes durant l’été 1880.  Pendant une dizaine d’années, Victorine et ses deux enfants vont travailler ensemble. Les portraits qui sortent de leur atelier sont signés « Mme Rozier et ses enfants ». En 1890, le trio familial quitte Vienne. Victorine  a vendu son atelier aux frères Joguet, qui, en plus de leur établissement principal de Lyon, disposaient de plusieurs succursales  dans la région. En juillet 1890, Joguet frères informent les habitants de Vienne qui les accueilleront désormais 11, cours Romestang « anciennement chez Rozier ».

CREST : En mai 1891, Victorine et Juliette, photographes, sont recensées dans le quartier de la Royale et Piedgai à Crest. Jules, quant à lui, est parti à Arles (Bouches-du-Rhône) où il se mariera en 1892. Lors de son premier passage à Crest, Victorine Rozier était la seule photographe recensée dans la ville. En 1891, ce n’était plus le cas. Elle avait pour collègue ou concurrente une autre femme Julienne Bruyère qui, elle aussi, travaillait avec sa fille. Victorine et Juliette sont toujours recensées à Crest en 1896 mais plus en 1901. Entre temps, elles sont parties à Bollène (Vaucluse).

BOLLENE :  Dans cette ville de 5 500 habitants, Victorine et Juliette n’avaient pas de concurrents. Elles travailleront quelques années dans un atelier situé avenue Carnot où elles sont recensées en 1901. A noter que les portraits faits à Bollène, comme ceux faits à Crest, sont signés Mme Rozier. Juliette, qui n’est plus une gamine, reste dans l’ombre de sa mère.

BAGNOLS-SUR-CEZE : Après la Drôme, l’Isère et le Vaucluse, Victorine termine son étonnante carrière de photographe dans le Gard. En 1906, septuagénaire, elle est recensée route de Nîmes à Bagnols-sur-Cèze. Elle travaille toujours avec sa fille. Le recensement de 1911 n’est pas en ligne. En 1921 Juliette, photographe, vit seule route de Nîmes. Victorine Champavier, veuve Rozier serait donc décédée à Bagnols-sur-Cèze entre 1906 et 1921.